Voici pourquoi il n'y a plus de tableaux de Johannes Vermeer à Delft
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Voici pourquoi il n'y a plus de tableaux de Johannes Vermeer à Delft

Johannes Vermeer est indissociable de la ville de Delft. C'est là qu'il est né, qu'il a vécu et travaillé toute sa vie et qu'il a peint ses chefs-d'œuvre inoubliables. Vue de Delft et La Petite Rue sont littéralement une ode à sa ville natale. Pourtant, si vous vous promenez aujourd'hui dans les rues pittoresques de Delft, vous ne trouverez aucune peinture originale du maître dans un musée. Comment se fait-il que la ville de Vermeer ne possède aucune de ses œuvres ? 

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La réponse réside dans la situation financière tragique de la famille de Vermeer après sa mort et dans le manque de reconnaissance de son travail à l'époque.

1. Le déclin financier après la mort de Vermeer

La mort de Vermeer en 1675 fut le résultat des Grandes Années de Catastrophe, une période de crise économique dans la République des Sept Provinces-Unies. La guerre de Quatre-Vingts Ans était terminée, mais la guerre avec la France avait provoqué l'effondrement du marché de l'art. En tant que peintre et marchand d'art, Vermeer en a immédiatement ressenti les conséquences financières. Il est décédé subitement, laissant derrière lui sa femme Catharina Bolnes et pas moins de onze enfants avec des dettes colossales.

L'inventaire de la succession dressé après sa mort brosse un tableau poignant de la pauvreté dans laquelle vivait la famille. Pour satisfaire les créanciers, la famille a dû se défaire de presque tout ce qu'elle possédait, y compris les tableaux de Vermeer. Catharina a encore tenté d'offrir deux tableaux au boulanger pour rembourser une dette de 600 florins, mais celui-ci a refusé. En 1677, elle fut déclarée en faillite et la plupart des œuvres d'art restantes, dont une grande partie de l'œuvre de Vermeer, furent confiées à sa belle-mère, Maria Thins, afin de les protéger des créanciers.

2. La vente aux enchères Dissius : un tournant

La dispersion définitive de l'œuvre de Vermeer eut lieu après la mort de sa belle-mère et, surtout, lors de la vente aux enchères de la collection de Jacob Dissius en 1696. Dissius, qui avait épousé la fille de Vermeer et avait rassemblé une importante collection de tableaux de Vermeer (probablement par l'intermédiaire de la famille), vendit aux enchères 21 tableaux du maître de Delft. Le fait qu'un si grand nombre de ses tableaux aient été mis aux enchères et soient passés entre les mains de différents collectionneurs privés a fait que les œuvres se sont littéralement dispersées dans toutes les directions. Elles se sont répandues dans toute la République, puis dans toute l'Europe, pour finalement aboutir dans les grands musées du monde, tels que le Rijksmuseum à Amsterdam, le Mauritshuis à La Haye et les musées de New York, Berlin et Vienne.

3. L'« oubli » et la redécouverte

Un autre facteur important est que Vermeer est tombé dans l'oubli pendant longtemps après sa mort. Son œuvre modeste, qui ne compte qu'environ 35 tableaux, et le fait qu'il travaillait principalement pour un public local limité y ont contribué. Contrairement à Rembrandt ou Rubens, Vermeer n'avait pas d'atelier important avec des élèves qui copiaient son style et perpétuaient ainsi son nom.

Ce n'est qu'au XIXe siècle que Vermeer a été « redécouvert » par le critique d'art français Théophile Thoré-Bürger, qui l'a surnommé le « Sphinx de Delft ». Ses articles ont suscité un regain d'intérêt international et une chasse aux tableaux de Vermeer. À cette époque, les œuvres étaient depuis longtemps entre les mains de collectionneurs privés et de musées ailleurs dans le monde. L'occasion pour Delft de constituer une collection était donc définitivement perdue.

L'héritage à Delft : archives et souvenirs

Bien que Delft ne possède donc aucun tableau original de Vermeer, le maître continue de vivre dans la ville. Les archives municipales de Delft conservent de nombreux documents, tels que des actes de baptême, des inventaires et des actes notariés, qui nous donnent un aperçu unique de sa vie. Il y a également le Vermeer Centrum Delft, où vous pouvez découvrir la vie et l'œuvre de Vermeer à l'aide de reproductions et de présentations interactives. La ville elle-même, avec ses canaux, ses églises et ses rues, est en outre le décor immuable de son art et reste donc un lieu de pèlerinage pour les amateurs de Vermeer du monde entier.

Et avec un peu de chance, lors de votre visite à Delft, vous pourrez encore admirer ces magnifiques ciels de Vermeer au-dessus de la ville...